DOSSIERS

Quand la littérature jeunesse rencontre le cinéma d'animation

Rédigée par Benshi



Depuis ses débuts, le cinéma a adapté de nombreux livres sur grand écran. Rien que dans le catalogue des films recommandés par Benshi, on compte de nombreux chefs-d’œuvre issus de romans : Charlie et la chocolaterie, Alice au pays des Merveilles, Du silence et des ombres, Les Trois brigands, La Belle et la Bête, et tant d’autres… Si l’inverse est bien plus rare, quelques pépites du cinéma d’animation ont tout de même intéressé les maisons d’édition et les auteurs jeunesse. Parce que les films d’animation jeune public et les albums jeunesse servent le même objectif : raconter des histoires aux enfants, de nombreuses passerelles sont possibles et les maisons d’édition travaillent étroitement avec les producteurs de films et de séries pour l’adaptation des leurs livres au cinéma ou à la télévision.

A l’occasion de l’arrivée du film Le Tigre sans rayures sur Benshi, court métrage issu de la Résidence Folimage jeune public, Benshi s’est intéressé à l’adaptation littéraire des films de la résidence avec les albums jeunesse édités par Bayard Editions, et notamment Le petit tigre sans rayures et Drôle de poisson. Plus qu’un simple travail d’adaptation des films, c’est un vrai partenariat qui s’est mis en place entre Bayard Editions et le studio d'animation Folimage depuis trois ans.

La résidence jeune public Folimage propose à des animateurs du monde entier de venir réaliser un film d’animation de cinq minutes, de toutes techniques d’animation exceptée la 3D, à destination d’enfants de cinq à sept ans. L’animateur ou l’animatrice sélectionné(e) séjourne ainsi pendant près d’un an au sein du studio d’animation pour y réaliser son projet en bénéficiant de l’expertise et du matériel technique du studio. Les films réalisés dans le cadre de cette résidence ont connu un grand succès dans les festivals du monde entier : One, Two, Tree de Yulia Aranova (Russie), Le Renard minuscule d'Aline Quertain et Sylwia Szkiladz (Belgique, Pologne), et Le Petit Bonhomme de poche d’Ana Chubinidze (Géorgie). Tous sont disponibles sur Benshi, comme beaucoup d’autres films produits par Folimage que nous aimons beaucoup, c’est donc l’occasion de les regarder en famille !

Afin de mettre en valeur les films sur d’autres supports, Folimage s’est associé à Bayard Editions avec qui le studio travaillait depuis déjà plusieurs années, pour faire de la résidence jeune public un projet transmédia. Pour Leslie Meyzer, responsable chez Bayard éditions du partenariat avec la résidence jeune public, « cette proposition rejoignait la volonté de Bayard de créer des ponts entre différents médias, et de mettre en avant des graphismes issus d’autres pays, qui ne sont pas ceux habituellement édités. L’intérêt est de travailler avec des illustrateurs aux univers graphiques variés et originaux, formés à l’animation, et donc pas seulement à l’illustration ».

Bayard Editions participe à la sélection du résident, avec un regard sur le potentiel d’adaptabilité du projet en album jeunesse. Ce projet transmédia peut se révéler être un véritable défi pour les animateurs qui ne connaissent pas toujours bien les problématiques que soulève la création d’albums jeunesse. Contrairement aux films d’animation qui touchent souvent un public assez large – le court métrage Drôle de poisson peut être vu à partir de 3 ans, mais peut plaire aussi bien aux enfants qu’aux adultes – les albums jeunesse ont quant à eux un public cible plus restreint. Les albums de Bayard dans le cadre de la résidence ciblent principalement les 3-6 ans.

Une fois le projet sélectionné, Leslie Meyzer reçoit un synopsis du film et commence à travailler avec l’auteur du livre, conjointement au travail du réalisateur sur son film : le court métrage n’est donc pas finalisé, et même peu avancé au moment où le livre entre en production. En fonction des projets, l’éditrice contacte des auteurs dont les profils lui semblent correspondre à l’esprit et au ton des scénarios. Puis elle travaille à l’élaboration d’une maquette (découpage) à partir du synopsis. Sont ensuite soumis l’histoire et le chemin de fer au réalisateur ou à la réalisatrice, et plusieurs allers-retours permettent de déterminer une maquette définitive de l’album. Les illustrations sont quant à elles réalisées par l’animateur(trice) du court métrage : elles sont pour la plupart parfaitement originales et créées spécialement pour l’album en fonction du découpage, mais peuvent également être extraites des planches déjà réalisées par l’animateur(trice) pour son film.

Pour Le Petit tigre sans rayures – l’adjectif « petit » a été ajouté au titre pour renforcer l’univers enfantin de l’album – Leslie Meyzer a fait appel à l’autrice Jeanne Boyer, pour son expérience sur des récits romanesques et philosophiques pour la jeunesse. Le film est en effet très poétique et introspectif : il interroge la quête de l’identité et le sens de la vie. Tout au long du film, un petit tigre, baigné dans la lumière jaune de la savane, se demande pourquoi il n’a pas de rayures. Raillé des autres animaux, il se lance dans un voyage initiatique au sein duquel solitude et rencontres le mèneront à la découverte de lui-même.

Si l’album et le court métrage sont très proches, tant au niveau de l’enchainement des séquences que du graphisme, cette planche est complètement originale : on ne retrouve pas ces images dans le film.

D’autres illustrations sont au contraire très similaires.

Le studio graphique de Bayard Editions a été confronté à des difficultés spécifiques au Petit tigre sans rayures pour réaliser l’album : les graphismes aux traits légèrement flous et aux tons sable sont particulièrement adaptés à l’animation des images, mais n’obtenaient pas un rendu adéquat en image fixe. Il a fallu demander à l’animateur de retravailler ses images avec des traits plus nets et avec plus de contrastes au niveau des couleurs. Finalement, le livre est une vraie réussite : les illustrations douces et poétiques accompagnement merveilleusement bien le récit introspectif du tigreau.

Le format de l’album s’est décidé en lien avec le studio graphique au sein des équipes de Bayard. Pour Le petit tigre sans rayures aux paysages de la savane, c’est un format qui rappelle le format cinématographique 4:3 qui a été choisi.

Drôle de Poisson est au contraire adapté sur un format horizontal à l’italienne, car il se prête bien aux images de l’océan et à la notion d’horizon.

Pour cette édition, Leslie Meyzer a travaillé avec l’autrice Claire Clément, car son travail sur des univers humoristiques et son sens du quiproquo correspondait bien au ton rieur du projet. Une des forces du partenariat tient dans les différentes compétences et univers des artistes et auteurs qui vont nourrir chacune des deux œuvres : par exemple, le titre « Drôle de poisson » a été suggéré par l’autrice Claire Clément, et a été adopté par le réalisateur Krishna Nair. D’autres propositions et ajustements du scénario ont permis d’aboutir au court métrage tel qu’il est aujourd’hui. Ainsi, en fonction de la relation qui s’installe entre l’animateur(trice) et l’auteur(trice), le travail sur l’album peut venir nourrir et enrichir le travail sur film.

Ne manquez pas l’occasion de regarder ces deux beaux films en famille sur Benshi, et de prolonger ces merveilleuses histoires avec la lecture des albums, en comparant les différents supports !

- Drôle de poisson, court métrage de Krishna Nair
Histoire adaptée par Claire Clément pour l’album jeunesse Drôle de poisson

- Le Tigre sans rayures, court métrage de Raúl 'Robin' Morales Reyes
Histoire adaptée par Jeanne Boyer pour l’album jeunesse Le petit tigre sans rayures

Le nouveau court métrage Un lynx dans la ville issu de la dernière résidence 2019 sortira le mois prochain. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà découvrir l’album édité par Bayard !

- Un lynx dans la ville, court métrage de Nina Bisiarina
Histoire adaptée par Gigi Bigot pour l’album jeunesse Un lynx dans la ville

Avec ce partenariat, Bayard Editions fait preuve d’un réel intérêt pour le cinéma d’animation, et au regard de la qualité de cette rencontre, on ne peut qu’espérer que ces échanges se multiplieront et proposerons de nouvelles expériences et perspectives aux petits cinéphiles comme aux petits lecteurs. Et Benshi sera toujours là pour vous faire découvrir ces petites pépites !