DOSSIERS

Trois livres pour prolonger la sélection En musique !

Rédigée par Benshi

 

Ce mois-ci, Benshi s'est associé à culturekids.fr pour vous proposer des livres en lien avec sa sélection En musique ! Découvrez sans plus tarder les recommandations de Christel Moreau, rédactrice littérature jeunesse, pour prolonger la thématique !


- Albert, le monstre solitaire

La musique passion qui rassemble

« Il était une fois un monstre solitaire qui s’appelait Albert. » Albert, quand il était jeune, il était cool. Un peu turbulent, mais cool. Il faut dire qu’on l’entendait bien, Albert, ce gentil monstrou métaleux qui aime le gros son et les motos pétaradantes. Apparemment trop turbulent pour les villageois qui, un peu « flippés », décidèrent de le bannir à la Roche-Qui-Résonne (autant dire au bout du monde) où il vécut pendant 60 ans, uniquement accompagné de sa guitare électrique rose. 

Jusqu’au jour où un apprenti chevalier haut comme trois pommes, Perceval le Fier, vint le provoquer sur son fidèle destrier-jouet, à grands coups de navets. Mais sont-ce vraiment des manières pour un preux chevalier ? Et si au lieu de l’attaquer, il tentait d’apprendre à le connaître ? C’est donc autour du rock’n’roll endiablé, de virées à moto et de séances pop-corn-tv, qu’ils scellèrent une belle amitié.

Alors le jour où les villageois, par ennui et par bêtise, voulurent se lancer à nouveau dans une chasse au monstre, le courageux petit chevalier s’interposa et leur expliqua : ce qu’Albert peut leur apporter vaut bien mieux qu’un combat !

A priori, tout est fait pour que ces deux-là ne s’entendent pas : l’un est un monstre donc est censé être cruel et méchant, et l’autre est un apprenti chevalier, donc… il doit chasser le monstre. Mais avec un peu de musique, deux belles âmes ne peuvent que se rapprocher. Perceval a bien plus envie de s’amuser avec un copain que de se battre. Albert, quant à lui, n’a pas d’intention plus diabolique que jouer de la guitare, faire la fête, prendre des bains moussants et faire la sieste.

Cet album est une ode à la tolérance, à la coolitude (si ce mot existe), à l’amitié et à la fête. Et au rock’n’roll ! Tout cela à la fois. Parce qu’après avoir pris Albert en grippe, les villageois se rendent enfin compte que sa rock’n’roll attitude leur fait défaut. Un peu de mouvement et de vie, et surtout de lien social, est bénéfique à tout le monde. Et ce n’est pas parce qu’il vit différemment qu’il faut l’exclure. Apprendre d’une autre culture est bien plus intéressant.

Quelques références ultra cool à la culture rock’n’roll, comme un poster de Johnny (mais pas vraiment Hallyday), amuse l’œil de l’adulte narrateur. En bonus, si vous parvenez à trouver la bernique qui se cache dans presque toutes les illustrations, vous êtes monstrueusement bon !

Autrice : Anna Kemp. Illustratrice : Sara Ogilvie. Editeur : Little Urban. 13,50 euros. A patir de 5 ans.


- Diane Danse

La musique qui soigne

Diane n’aime pas l’école. Et par-dessus tout, elle n’aime pas les mathématiques. Si elle ne parvient pas à apprendre ses tables de multiplications, elle devra redoubler. Ni le professeur particulier ni le médecin consulté par sa maman ne parviennent à comprendre ce qui cloche chez elle. Mais Diane sait qu’elle n’a pas de problème, contrairement à ce que pensent les grands. Elle a juste un peu de mal à se concentrer.

C’est lors de sa première visite chez le psychologue, à la faveur d’une musique laissée en fond sonore, que la vérité éclate : Diane n’a absolument aucun problème. Diane est une danseuse !

Diane est une petite fille comme les autres. Elle a juste beaucoup de mal à rester immobile et à se concentrer. Plus encore, à avaler des tables de multiplication. Alors quand son talent caché est découvert un peu au hasard d’une visite chez le psy, c’est une vraie révélation. Non seulement Diane danse, mais elle danse très bien et elle adore ça. Elle trouve enfin sa voie, son truc à elle, sa passion. Instantanément sa confiance en elle est restaurée et ses difficultés à l’école s’effacent.

Par la danse, la musique, le mouvement, elle trouve enfin une communauté d’enfants avec qui bouger, danser en toute liberté, mais elle invente également sa propre technique d’apprentissage et parvient à vaincre sa phobie scolaire.

Le regard tendre et bienveillant qui est porté sur la petite fille de cet album est une petite bouffée d’air frais. Il faut dire que la petite Diane est absolument adorable : toute en rondeurs, avec son nez en trompette et son air espiègle, elle ne pouvait que toucher nos cœurs.

Les personnages sont expressifs et malgré ses difficultés d’apprentissage, la petite Diane respire la joie de vivre. On a plaisir à rentrer dans son univers doux et rêveur, fait de musique et de danse. On est particulièrement fan de la double page où elle saute dans une flaque d’eau en dansant joyeusement : sa jupette rouge et ses bonnes joues contrastent avec le paysage gris et la mine renfrognée des passants. À elle seule, cette illustration résume toute l’histoire. Diane s’en fiche, Diane fait comme elle l’entend, Diane est heureuse maintenant. Diane danse.

Auteur et illustrateur : Luciano Lozano. Les Editions des Eléphants. 14 euros. A partir de 5 ans.


- Igor, jamais sans mes oreilles

La musique professionnelle

Igor est un éléphant pianiste mondialement connu. Un vrai virtuose. Il possède une finesse d’oreille exceptionnelle qui rend sa musique… eh bien... exceptionnelle ! Le jour de son départ pour un concert à Pékin, accompagné de son imprésario Doris, une petite taupe en manteau de fourrure rose, il est bien loin de se douter que cette vie de star s’apprête à basculer. Tout commence quand on lui interdit de monter à bord de l’avion avec ses grandes oreilles. Les douaniers sont intraitables : la règle, c’est la règle. Les très grandes oreilles vont dans la soute, avec les très grandes valises. Malgré sa très grande colère, Igor est contraint de céder, non sans appréhension. Et c’est là que l’impensable se produit. Une fois débarqués à Pékin, plus d’oreilles. Peut-être ont-elles été expédiées par erreur à New-York ? Ou Honolulu, ou encore Sidney ? Que va-t-il devenir sans son outil de travail ? Mais coûte que coûte, la tournée doit continuer, prévient Doris. Pays après pays, les habitants redoublent d’ingéniosité pour tenter de remplacer ses appendices : le voilà affublé tour à tour d'oreilles en superbe papier de soie coloré à Pékin, en fleurs tressées à Honolulu, en fil plastique et en forme de fauteuil Acapulco à… heu... Acapulco, ou en grand apparat de plumes à Rio. Mais rien n’y fait. Sans ses précieuses oreilles, Igor est désespéré et songe même à tout arrêter. Et c’est au moment où tout semble fichu qu’il va faire une formidable découverte...

Que se passe-t-il si on retire à quelqu'un une partie de lui ? Comment rester soi-même sans ce qui semble nous définir ? Et si on se perd, peut-on mieux se retrouver ? Tant de questions philosophiques évoquées au travers de cette aventure haute en couleur et en musique. L'album ne manque vraiment pas d'humour : le côté répétitif des folles oreilles bricolées çà et là et portées sans aucun entrain par Igor est hilarant. Au passage, on visite le monde et ses capitales et on apprend que le bonheur est au fond de soi, et qu'il se partage.

Auteur : Nicolas Morlet. Illustratrice : Cati Baur. Editions Little Urban. 14,50 euros. A partir de 5 ans.