DOSSIERS

Trois livres sur des méchants attendrissants !

Rédigée par Benshi

Ce mois-ci, Benshi s'est associé à culturekids.fr pour vous proposer des livres en lien avec notre sélection Pas si méchants. Découvrez sans plus tarder les recommandations de Christel Moreau, rédactrice littérature jeunesse, pour prolonger la thématique !

Pas si méchants

Et si les méchants de nos histoires pour enfants n’étaient pas tous si méchants ? Entre ceux qui masquent leur sensibilité, ceux sur lesquels on s’est trompés, ceux qui ont finalement décidé de changer, les vilains ont parfois bien plus de profondeur et même de douceur qu’il n’y paraît. Voici trois albums plein de surprises, dont le personnage principal n’est pas exactement celui qu’on pensait.


Monsieur Pic est méchant

Le méchant mal aimé

Monsieur Pic est méchant. C’est un fait établi. Il n’aime rien ni personne. Ni animaux, ni enfants, ni rigolades, ni fêtes. Rien ! Du haut de sa grande et maigre silhouette, il fait peur à tout le monde. Personne ne tient à le croiser, et lui non plus, d’ailleurs, ne tient à croiser personne ! En plus d’être méchant, il est malpoli : il ne daigne pas faire la queue à la boulangerie et vole les légumes dans les potagers des voisins. Mais comme tout le monde le craint, son attitude reste impunie. 

C’est uniquement quand il rentre chez lui que toute cette rudesse et cette aigreur semblent s’envoler. Calé dans son fauteuil, entouré de son incroyable collection d’ours en peluche, Monsieur Pic a l’air apaisé. Il a même un nounours préféré : Pinpin. Pour comprendre cet étrange phénomène, il faut s’imaginer que lorsqu’il était enfant, Monsieur Pic n’a pas connu la tendresse de ses parents. Rudes et froids, son papa et sa maman ne lui ont même jamais offert de jouet ou de peluche. C’est pourquoi, avec sa première paie, comme pour compenser, il s’est offert Pinpin. Depuis la collection s’est agrandie. 

Ce soir, c’est Halloween, et lorsque les enfants en quête de bonbons sonnent à sa porte, ils découvrent avec effarement le tendre secret de ce monstre notoire qu’est Monsieur Pic. Quelle surprise pour eux… et quel embarras pour le vieux grincheux. Seul un petit garçon, qui ne l’a pas reconnu, ose s’avancer. L’impensable va se produire…

Chez tous les méchants, il peut y avoir un tendre cœur d’enfant. Un enfant blessé, qui n’a pas appris à aimer, ou incompris, à qui on n’a pas laissé la liberté de s’exprimer.  Dans cette chaude et douce ambiance aux teintes automnales et de conte d’Halloween, on évoque la maltraitance enfantine et les désastres qu’elle provoque sur la construction de l’individu. On parle aussi de préjugés, du pouvoir d’une main tendue, de l’amitié et du partage. Dans ce joli conte de fin d’année, tout est bien qui finit bien : le Monsieur Pic de cette histoire n’est finalement pas bien méchant. Il n’avait juste jamais appris à apprivoiser et à exprimer ses sentiments.

A partir de 5 ans.
Auteur : Pog. Illustratrice : Stéphanie Leon. Editeur : Des ronds dans l’O jeunesse. Prix : 16 euros.




Le Gristiti


Le méchant par instinct de survie


« Tu ne le vois pas, quand le Gristiti se glisse chez toi… Tu crois tout savoir, mais en réalité, tu marches dans le noir ! » C’est la petite chanson du joueur d’orgue de barbarie, toujours accompagné de son petit singe attaché par une corde, au coin de la rue de ce Londres d’Antan.

Ruby monte se coucher. Ce petit air lui trotte dans la tête. Soudain, elle entend quelque chose se faufiler sur le parquet… Quoi que ce soit, elle espère que ça ne reviendra pas… Sam, lui aussi, l’a entendu, là, sur les toits ! Cette fois c’est sûr, c’est le Gristiti ! Cette nuit encore, il a beaucoup visité de logements et pas mal chapardé : le gruyère de la cuisinière, de la ficelle, les petits mouchoirs en soie étendus sur la corde à linge du policier, des outils, une lampe à pétrole, un panier… Pourquoi le Gristiti aime-t-il tant voler, à quoi vont lui servir tous ces objets étranges ? Et surtout, qui est-il et quel est le plan secret de cet horrible monstre qui se faufile dans les chambres des enfants la nuit ?

Bon sang, mais qu’est-ce qu’un Gristiti ? Tout le début prête à croire qu’il s’agit d’un terrible monstre qui se faufile dans les maisons la nuit. Evidemment, il n’en est rien. Bien au contraire, le Gristiti est bien mignon et très malin. Il s’agit, en fait, du petit singe du joueur d’orgue de barbarie, vu dans la toute première page. Si on regarde à nouveau cette première page, on voit bien qu’il a le regard bien triste. Le Gristiti est tout sauf un monstre sanguinaire. C’est un tout petit singe captif d’un cruel artiste de rue. Ça n’est pas une vie de passer ses journées attaché par le cou à une corde, pour amuser les passants !

Loin de chercher à dévorer les enfants dans leur sommeil, il n’aspire qu’à retrouver sa liberté. Pour cela, nuit après nuit, il rassemble secrètement de quoi construire une montgolfière pour pouvoir échapper à sa morne destinée. Le monstre, dans cet album, est mystérieux et poétique, et décidément pas celui qu’on croit : le terrible voleur n’est qu’un petit singe aspirant à la liberté et le sympathique joueur d’orgue, son terrible geôlier. « Tu crois tout savoir, mais en réalité tu marches dans le noir ! ».

A partir de 4 ans. 
Auteur et illustrateur : Benji Davies. Editeur : Milan. Prix : 11,90 euros.




Mister Black


Le méchant qui fait semblant


Mister Black est un vampire. Et comme tout vampire, son job est de faire peur, d’être sombre, triste et bien, bien taciturne. Pas de rire, pas de fun, pas de strass, de paillettes, non, non, rien de tout ça. Sur l’île où il a construit son manoir, ses voisins, des monstres de tout poils, ne sont pas du genre à rigoler non plus.

Mais Mister Black, comme son nom ne l’indique pas, a une passion secrète… le rose ! C’est son péché mignon. Dès qu’il rentre au manoir, il se glisse dans son peignoir à cœurs roses, dans son salon à la déco rose, dîne avec son flamant rose, mange des marshmallows, des sorbets à la fraise ou des cupcakes à la rose. Mais jamais, oh grand jamais, il ne pourra inviter ses monstrueux voisins à la maison. Ça sera un trop grand déshonneur au pays des monstres, d’avouer son attirance pour cette douce couleur sucrée. Mais voilà, vivre sa passion dans le secret, Mister Black, ça le rend triste : il ne peut pas vraiment être lui-même en public.

Un jour, l’envie est trop forte : Mister Black en rêvait : il s’offre un cabriolet ! Tout rose, bien entendu ! Quelle galère pour le ramener sur l’île en toute discrétion. Et ce qui devait arriver, arriva : Mister Black se fait repérer ! Dans un premier temps, la réaction de son entourage à cette explosion de rose n’est pas bonne, c’est le moins qu’on puisse dire. Non vraiment, un vampire en rose, quel scandale, quelle aberration ! Ça n’est pas convenable Que vont penser les voisins ? Mais un événement inattendu va inverser la tendance et briser cette crainte du « qu’en dira-t-on ? ».  Finalement, tout le monde n’a-t-il pas un petit secret inattendu ?

Difficile de ne pas craquer devant la couverture de cet album et son rose fluo si pêchu. Pour un vampire, c’est sûr que c’est inattendu. Les illustrations intérieures sont pleines de petits détails amusants, comme le portait d’un David Bowie vampire rose, le bisounours rose, ou le « Love » de Robert Indiana, rose lui aussi, évidemment. Ces petits détails sont autant de références à la pop culture et ne sont pas pour déplaire aux parents-lecteurs. Les textes sont très courts et l’album se lit rapidement, comme une histoire du soir.

Il offre aux enfants un très joli message de tolérance et d’acceptation de la différence. Par la couleur, on peut facilement remplacer l’orientation sexuelle, les goûts vestimentaires ou encore une passion originale, et permettre aux petits de comprendre qu’il ne devrait pas être nécessaire de devoir taire ses goûts par peur du jugement des autres. Mister Black n’a pas spécialement envie d’être un vampire sombre et méchant, comme on l’attend de lui. On le pensait ténébreux et dangereux, le voilà rose, amical et festif. N’est pas méchant qui veut, finalement !

A partir de 5 ans.
Autrice : Catalina Gonzalez Vilar. Illustrateur : Miguel Pang. Editeur : Les Fourmis rouges. Prix : 18,80 euros.