ENTRETIENS

Le film Calamity adapté en roman jeunesse : entretien avec Christophe Lambert

Rédigée par Benshi

Après Tout en haut du monde, Rémi Chayé revient avec un nouveau grand film au cinéma. Retrouvez en salle dès le 14 octobre Calamity : une enfance de Martha Jane Cannary.

Dans une animation de toute beauté, nous suivons l’histoire de Martha Jane, une jeune fille courageuse et déterminée, qui voyage avec sa famille dans un convoi qui progresse vers l'Ouest américain, sur les routes de l'Oregon. Dans l’une des caravanes, la jeune Martha Jane découvre que le quotidien des garçons est bien plus attrayant que le sien. Alors que son père est allité pour plusieurs semaines, elle devient responsable de la caravane familiale. Elle embrasse alors une vie nouvelle où, petit à petit, la liberté semble à portée de main !

La musique, tout comme les images époustouflantes du film, nous transportent dans l’Ouest américain dans ce film aux allures de western particulièrement original.  

Mais l'histoire ne s'arrête pas là ! En effet, Bayard Jeunesse nous offre un magnifique roman adapté du long métrage, écrit par l'auteur jeunesse Christophe Lambert. Benshi vous propose un entretien avec lui pour en savoir un peu plus sur son travail d'adaptation du film en livre. Un mois d'octobre qui s'annonce riche en découvertes pour les enfants. 

Comment est née l’idée d’adapter le long métrage Calamity en roman jeunesse ? 

Je ne suis pas à l'origine du projet. Alice Dinh, des éditions Bayard, m'a contacté car elle connaît ma passion pour l'histoire des Etats-Unis, et plus particulièrement pour la période que l'on appelle la « conquête de l'ouest ». J'avais déjà travaillé à l'adaptation en roman du dessin-animé Yakari pour le même éditeur. Je n'ai pas hésité, après avoir lu le script de Calamity et surtout visionné le film : les deux m'ont enthousiasmé.

Avez-vous travaillé avec Rémi Chayé pour écrire le livre ?

Rémi Chayé était très disponible, que ce soit par téléphone ou par mail. Il voulait vraiment être impliqué dans le processus d'adaptation (ce qui n'est pas le cas de tous les réalisateurs). Je lui posais des questions sur les personnages, leur passé, ou alors sur des points de détail (à un moment, quelqu'un jette un objet que je ne parvenais pas à identifier sur nos héros. Il s'agissait en fait d'une poêle à frire). Il m'a également fourni de la documentation sur les chariots utilisés par les pionniers, à l'époque.

Quels sont les enjeux liés à l'adaptation d'un film en livre ?

On change de média donc la narration n'est pas tout à fait la même. Un scénario, par exemple, est toujours rédigé au présent et à la 3ᶱ personne du singulier, de façon très descriptive, très factuelle. Et puis il n'y a pas de verbes déclaratifs... Un roman doit posséder une forme plus littéraire, avec un style plus « élégant » (un scénario est un outil de travail intermédiaire fait pour être lu par l'équipe, pas par le public). C'était aussi pour nous (Rémi Chayé, les éditions Bayard et moi) l'opportunité de rentrer dans la tête de l'héroïne en adoptant une narration 100% subjective, à la première personne. En lisant le roman, on sait exactement ce qu'elle éprouve scène par scène. On peut également jouer sur les cinq sens en décrivant le goût des choses, les odeurs, alors que le cinéma, art audiovisuel par excellence se limite à la vue et l'ouïe...

Pourriez-vous nous parler de votre parcours ? Comment en êtes-vous arrivé à écrire des livres jeunesse ? 

J’ai fait des études d’audiovisuel, je me destinais à la mise en scène. J’ai étudié à l’ESRA (l’Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) à la fin des années 80, puis j’ai réalisé des courts métrages. Au milieu des années 90, j’ai bifurqué vers la littérature parce que je n’arrivais pas à percer dans le milieu du cinéma. J’ai toujours voulu raconter des histoires. J’écrivais des bandes dessinées quand j’étais plus jeune, j’ai animé des jeux de rôle… Je ne savais pas dans quel média j’allais atterrir mais je savais que je voulais gagner ma vie en racontant des histoires. C’est du côté de la littérature que ça a décollé le plus vite, j’ai écrit des romans et j’ai tracé mon sillon dans le domaine jeunesse. 

Je suis toujours resté en contact avec mon moi enfant et adolescent donc je n’ai pas trop de mal à me replonger dans l’univers des enfants. J’ai gardé les mêmes goûts que ceux que j’avais à dix ou quinze ans. J’aime toujours la science-fiction, la fantasy, le fantastique, les œuvres qui font peur, ou encore les westerns, d’où mon intérêt pour Calamity

Avez-vous adapté d’autres films en livres avant Calamity ?

J’avais adapté pour Bayard le film Julith, qui se passe dans l’univers de Dofus. J’avais également travaillé avec le réalisateur. J’ai adapté des séries télévisées animées comme Cartouche, Yakari… C’est un travail de commande qui est toujours très agréable. 

Avez-vous pris des libertés par rapport au scénario d’origine de Calamity ? Lesquelles ? 

Je n’ai pas pris tellement de libertés. Les péripéties restent les mêmes. Par petite touches, on évoque certains souvenirs de Martha, notamment ceux liés à sa mère. Quand elle fréquente Jonas, le jeune homme avec qui elle est menottée, on ressent peut-être un peu plus son trouble, on est dans sa tête. Mais ça reste une narration béhavioriste : pour le personnage de Martha, ce sont ses actions qui définissent sa psychologie, plus que les dialogues ou ses pensées. Elle agit beaucoup. 

J’ai peut-être évincé deux ou trois scènes parce que j’avais un nombre de signes limité, la cible étant les 8-12 ans, on ne pouvait pas faire un roman fleuve. Je n’ai pas ajouté de scène inédite, ou très peu. 

Qu’est-ce qui vous a plu dans le film ? Était-il terminé lorsque vous avez commencé à écrire le roman ? 

Le film était terminé, les producteurs m’avaient envoyé un lien en exclusivité mondiale. J’ai pu regarder le film sous toutes les coutures. J’ai beaucoup aimé la palette de couleurs très vives, qu’on ne voit pas forcément, d’habitude, dans les films d’époque se déroulant au XIXᶱ siècle. J’ai beaucoup aimé la musique, je l’ai écoutée en boucle en écrivant les scènes. J’ai aimé les plans de transition contemplatifs sur la nature : le vent qui souffle dans les herbes, les nuages dans le ciel, tout ça me faisait un peu penser au cinéma de Miyazaki, mais à la française. Et l’histoire, bien sûr. 

A partir de quel âge conseillez-vous le roman ? Pensez-vous qu’il soit plus intéressant pour les jeunes spectateurs de voir le film avant de lire le roman ou l’inverse ? 

Les enfants peuvent lire le livre à partir de la fin primaire/début collège. S’il s’agissait d’un livre original, je suggèrerais de lire le roman avant, comme pour les Harry Potter ou Le Seigneur des anneaux. En effet, c’est amusant de comparer l’adaptation, de voir les scènes qui manquent... Mais pour Calamity, il s’agit d’une novélisation, donc je conseillerais plutôt aux jeunes gens de voir le film d’abord, de l’expérimenter, de se le prendre en pleine face au cinéma. C’est un spectacle qui doit se découvrir sur grand écran. On peut ensuite prolonger le plaisir avec la lecture, même si tout est possible. 

Quels autres livres pourriez-vous conseiller aux lecteurs qui ont aimé le roman Calamity ?

En roman jeunesse, je peux citer un western avec une héroïne féminine qui s’appelle La Magnifique, écrit par Anne-Laure Bondoux et publié aux éditions Bayard Jeunesse. Le livre raconte l’histoire d’une jeune femme à l’époque de la conquête de l’ouest. Les lecteurs qui ont aimé Calamity apprécieront sûrement ce roman (à partir de 12 ans).

J’ai écrit un roman qui s’appelle Souviens-toi d’Alamo ! publié aux éditions Mango Jeunesse : un voyage dans le temps qui démarre en 1945 et qui se poursuit au far West en 1836. 

Ou encore, Contes et récits du Far-West chez Nathan, qui sont des petites nouvelles qui reprennent les grandes figures imposées de la conquête de l’Ouest (à partir de 10 ans). 

Calamity de Christophe Lambert
Editions Bayard Jeunesse
A partir de 9/10 ans
12,90 €