DOSSIERS

Osez le noir et blanc !

Rédigée par Benshi

Les parents et les enfants sont parfois réticents à regarder des films sans couleurs. Beaucoup imaginent le cinéma en noir et blanc comme vieillot ou ennuyeux, mais ces idées sont bien souvent de simples préjugés. Bien au contraire, les débuts du cinéma nous ont offert des films extrêmement drôles, et ce sont d’ailleurs les films réalisés entre 1895 et 1930 qui constituent pour majorité le cinéma burlesque. En effet, les premiers films étant muets, il a fallu redoubler d’ingéniosité pour raconter des histoires par l’image, sur un mode purement visuel, notamment dans le comique, registre phare du cinéma muet. Les nombreux gags, avec profusion de chutes, d’accidents, de quiproquos, de scènes de confrontation et de mises en situation de personnages complètement loufoques, sont devenus des ressorts comiques utilisés pour réaliser des films que l’on voulait spectaculaires. Inspiré du théâtre et du music-hall, le cinéma burlesque nait en même temps que les débuts du cinéma (mot issu de l’italien burlesco dérivé de burla qui signifie « farce », « plaisanterie »). Bien qu’il ait quasiment disparu avec l’avènement du cinéma parlant, le cinéma burlesque du début du XXᶱ siècle n’est pas tombé dans l’oubli. De vraies pépites nous sont arrivées de son âge d’or, grâce à des cinéastes de génie qui ont marqué l’histoire du 7ᶱ art : Max Linder, Charlie Chaplin, Harold Lloyd, Buster Keaton, ou encore Laurel et Hardy pour le burlesque parlant. Tous ces films sont bien sûr en noir et blanc. Même si des procédés commencent à être mis en place au tout début du XXᶱ siècle et que quelques rares films colorisés voient le jour (parmi ces procédés, la caméra Technicolor trichrome mise au point en 1932 par Herbert Kalmus, première camera permettant de filmer directement toutes les couleurs visibles), rappelons que les films en couleur arrivent principalement dans les années 40.

 Benshi vous propose de découvrir ou redécouvrir une majorité de films burlesques, qui sont particulièrement adaptés au jeune public : les intrigues sont assez simples, les films au comique particulièrement extravagant sont drôles et à portée des plus jeunes. Vos enfants se laisseront sans aucun doute entrainer dans des histoires parfois émouvantes et toujours drôles, dont les ressorts comiques ne manqueront pas de les faire rire ! Comme par exemple les extraordinaires scènes de La Ruée vers l’or (1924) de Charlie Chaplin, qui ont imprégné toute l’histoire du cinéma : la métamorphose en poulet, la danse des petits pains, la cabane au bord du gouffre… La réticence vis-à-vis du noir et blanc n’est finalement qu’une barrière que l’on se construit, et qu’il est bon de faire tomber rapidement si on ne veut pas passer à côté de chefs-d’œuvre qui feront sans aucun doute oublier l’absence de couleurs à vos enfants, et qui en redemanderont surement ! Avec la Collection Charlie Bowers (1926), ils découvriront le personnage génial et loufoque de Monsieur Bricolo, capable de fabriquer les machines les plus incroyables et inattendues qu’on puisse imaginer. Entre une machine qui rend les œufs incassables, ou une autre qui automatise tout un restaurant, Monsieur Bricolo, tout maladroit qu’il est, enchaîne les impérities et perd parfois le contrôle de ses inventions… pour notre plus grand plaisir !



Même si le cinéma en couleur s’est démocratisé à partir des années 40, les films en noir et blanc n’ont jamais cessé d’exister et d’intéresser les cinéastes pour les effets qu’ils offrent. Hitchcock, par exemple, a délibérément souhaité tourner son film Psychose en noir et blanc pour atténuer sa scène sanguinolente du crime sous la douche. David Lynch a quant à lui réalisé Elephant Man (1980) en noir et blanc pour accentuer l’atmosphère fantastique du film et faire écho aux films fantastiques de la production Hammer des années 50 et 60. Parce que film en noir et blanc n’est pas synonyme de film muet, nous proposons aux plus petits de regarder Yoyo de Pierre Etaix (1965) pour profiter des gags en cascade et des joies du cirque, ou encore Le Vieil homme et l’enfant de Claude Berri (1966), pour les moments de tendresse et de malice émouvants entre un petit garçon juif et un vieux couple de paysans qui l’accueille pendant la Seconde Guerre mondiale. Enfin, le court métrage Foutaises de Jean-Pierre Jeunet (1990) avec Dominique Pinon saura amuser les enfants à partir de 9 ans sur le plaisir de faire des listes de « j’aime » ou « j’aime pas ».



Aujourd’hui encore, les films en noir et blanc peuvent rencontrer un franc succès, et aussi auprès du jeune public. En témoignent les sorties de Frankenweenie (2012) de Tim Burton ou encore du film muet The Artist, réalisé par Michel Hazanavicius et sorti en 2011, œuvre-hommage au cinéma hollywoodien des années 20.

Parce que les œuvres que nous retenons ont été réalisées par des cinéastes de génie qui inspirent encore aujourd'hui, découvrez des histoires profondes, aux thèmes universels et intemporels : la plus belle histoire d’amour entre un père et son fils dans Le Kid de Charlie Chaplin (1921), la dénonciation de l’oppression et de la bêtise humaine dans Le Dictateur (1940), ou encore se faire passer pour quelqu’un que l’on n’est pas par amour, dans Sportif par amour de Buster Keaton (1927).


Alors n’attendez plus pour découvrir ces qui vous en fera voir de toutes les couleurs !

 

 

Pour aller plus loin sur le cinéma burlesque, une frise interactive sur l'histoire du cinéma burlesque > https://upopi.ciclic.fr/apprendre/l-histoire-des-images/histoire-du-cinema-burlesque
Pour aller plus loin sur l'arrivée de la couleur au cinéma, le parcours pédagogique d'Upopi : Les couleurs à l’écran > https://upopi.ciclic.fr/transmettre/parcours-pedagogiques/les-couleurs-l-ecran